NULLE PART,
LA NUIT
Images phosphorescentes pour traverser les ténèbres

Par Roi of the Suisse
TOMBÉE DE LA NUIT

Malgré tous nos efforts, la nuit est tombée. Il est trop tard maintenant. Peut-être n'en avons nous pas fait assez ? Nous étions pourtant nombreux à pressentir qu'elle menaçait de tomber. Il faut l'admettre : beaucoup ont été lâches. Nous l'avons tous un peu été. Certains même n'y croyaient pas. Ah les fous ! Plus que les autres, ceux-là ont précipité l'obscurcissement. Et que dire des puissants ! Ils nous ont bien bernés ! En s'en mettant plein les poches d'ailleurs… Nous leur chatouillerons les pieds jusqu'à ce que mort s'en suive.

Mais l'heure n'est plus à la recherche de coupables puisque les faits sont là : il fait nuit noire. Chacun enfile sa doudoune. Certains comptent faire de la résistance, en tirant des feux d'artifice par exemple, mais on ne sait pas si ça suffira à faire revenir le jour.

Il se pourrait même que la situation soit pire que ce que nous pensions, car nous voilà nulle part.

NULLE PART, LA NUIT
Haïku du nouvel an
初夜明け 靄を透かすや 初日記
(hatsu yoake moya o sukasu ya hatsu nikki) La première aurore de l'année filtre à travers la brume ! Je commence un nouveau journal ~
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前年の トマト熟れけり 二月の日
(zen'nen' no tomato urekeri nigatsu no hi) De l'année dernière les tomates ont mûri ! Soleil de février ~
Faire au mieux
À tout moment, faire au mieux. Et ne plus rien regretter. À la poubelle jeter L'« on aurait dû » insomnieux. Si, plus tard, on trouve mieux, C'est vain de se lamenter : L'information limitée Rendait le choix périlleux.
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春雨や 花壇を植える 庭師たち
(harusame ya kadan' o ueru niwashi tachi) Pluie de printemps ~ Repiquant les parterres : une équipe de jardiniers.
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青空や りんごの花に スズメ鳴く
(aozora ya ringo no hana ni suzume naku) Ciel bleu ! À la floraison des pommiers, les moineaux piaillent.
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花びらを 散らす四月の 雹いかに
(hanabira o chirasu shigatsu no hyô ikani) Les pétales, dispersés par les giboulées de mars : pourquoi ?!
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どこでもの 暮の道べに 菜咲きけり
(dokodemo no kure no michibe ni na sakikeri) Partout, sur les bords de chemins crépusculaires, le colza a fleuri.
Robert à la table à picnic
Robert à la table à picnic voit le druide passer. L'habit, la barbe du mage sont extraordinaires. Il n'a jamais vu ça à la compta ! Et Robert de pouffer ! Il rit pour rappeler à la norme, car rire c'est interdire, car rire c'est condamner. Et le mage de regarder Robert et de rire à son tour ! C'est un duel. « Bah ! pourquoi il rigole, celui-là ? » glousse Robert. Mais il n'est plus si sûr de lui ; il cherche du regard l'approbation de ses collègues de la compta.
Et le lierre de croître à la jambe de Robert, les étoiles d'émeraude d'étreindre son mollet. Robert se lève et crie. Toute la compta se carapate ! Madame Walmond se réveille de cet horrible songe. Ça m'est déjà arrivé de rêver que j'étais un chien. Madame Walmond, elle, a rêvé qu'elle était Robert de la compta.
Civilisations
Quand Platon a ôté Le gros bouchon de liège (Celui qui fait flotter L'atlante sacrilège), Un geyser est sorti ; L'île fut engloutie. Quand Néron a chanté Les hymnes interdits (Ceux qu'on dit exalter Le turpide incendie), Un feu s'est allumé ; Rome fut consumée. Quand Cortez, à poney, Ses miasmes microbiens A fort postillonnés Sur les Précolombiens Alors envenimés, Chalco fut décimée. La morale c'est que Blirk blork blurk Zanagabadana.
Haïku hivernal
雪暮や 狂王の夢 蘇る
(yukigure ya kyô ô no yume yomigaeru) Crépuscule sur les neiges ~ Le rêve du roi fou revient à la vie.
Étang
Sur une ombelle d'ombellules Atterrit une libellule. La plante ploie et frôle l'onde Alors courue de formes rondes. Ce bruit sans bruit tire hors du rêve Un lutin dormant sur la grève. Le haricomycète enfin De sa mission tard se souvient ! Trêve de trêves ! Affairé, Il disparaît dans les fourrés.
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春嵐 巣を壊しけり 鳩戻る
(haru arashi su o kowashikeri hato modoru) La tempête de printemps avait détruit le nid au retour du pigeon.
Science-fiction insipide

Trois mange-soleils rutilants agrémentaient, non sans fierté, la flotte stellaire de Zoltrax le Pernicieux, en route pour sa conquête des galaxies jumelles dites du grand Zbrontz et du petit Zbrontz. Dans tout l'univers, seul l'empereur Giltarian MXXIII pouvait se targuer d'en posséder davantage, à savoir 5.

Il se trouva fortuitement qu'à ce moment-là, Giltarian MXXIII était en vacances (avec toute son armée) dans la galaxie du petit Zbrontz, à siroter de moelleux cocktails de goyobe sur les plages sulfuriques de Marmut 7. L'affrontement s'annonçait cataclysmique.

Dieu est mort
Dieu est mort ! Dieu est mort ! On l'a su dans les journaux. Les prêcheurs (Quémandeurs D'auditeurs), Pleurnicheurs, Amoncellent À sa stèle Des fleurs, des choux colossaux. Tous ces sages Au grand âge, Tous ces mages Au chômage ! Que va être Chaque prêtre ? Que seront les cardinaux ?
Les lectrins Ont besoin De chien-chiens Paroissiens. Ô courroux Des gourous ! Ils vont devenir dingos. Les croyants, Dépendants, Errent sans Boniments. Et ces ouailles, Qui défaillent, Fleurissent donc le tombeau. Liturgie Rassasie Cette envie De magie, De savoir Illusoire, De bobards paranormaux.
Et on prie. Mais pour qui ? (Puisque Lui Est fini) Les suppliques, Les cantiques, Sont jetés aux caniveaux. Dieu est mort ! Dieu est mort ! On l'a su dans les journaux.
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石畳 窪んで濡らす 靴下を
(ishidatami kubon'de nurasu kutsushita o) Le pavé s'enfonce et trempe mes chaussettes !
La diffusion de Rayleigh
On a croisé Rayleigh, Dévalant la colline. On l'entendait râler Sous les nues zinzolines. Le voir est rareté Même si l'on s'efforce : L'homme à l'ubiquité S'adonne au paradoxe. Ce mage de renom Du tournoi de Walburge Fut trente fois champion Par son art thaumaturge. L'esthète obsessionnel, Expérimentateur, A bariolé le ciel De nouvelles couleurs.
Il a dit : « J'éclabousse Les nuages cotons Du brillant pamplemousse D'un métal en fusion. Mais c'est bien trop lambda ! Je vise au flamboiement De cent jacarandas Une fin de printemps. »
Ô gloire ! ô datte ! ô carpettes ! La cité labyrinthique De Jérimadeth, antique, Où vrombit la mobylette D'Utanapishtim, son roi ; Où les scribes de clous criblent L'argile inspirant les bibles Des légendes d'autrefois Susurrées dans les palmiers Par les trombes du désert, Amies des géants de pierre (Témoins des âges premiers) ; Ainsi, Jérimadeth, dis-je, S'effaça sous trois mille ans De tempêtes, puis cinq ans De bêtise et fut vestiges.
Trois notes de oud tombent sur le sable
Rencontre de marque
Au détour d'une ruelle : Un illustre évêque orné Tout de mitre et de dentelle ! Que faire ?! Se prosterner : « Votre grandeur ! » … ah mais non : Brandie par deux maigres scouts, Sa sainteté de carton, Toute plate, ôte le doute.
Haïku libre
窯元の 看板暮れに 抜かれけり
(kamamoto no kan'ban' kure ni nukarekeri) La pancarte de la poterie au soir avait été retirée.
Frivolité
Oh ! quel beau nain de jardin ! D'habitude, ils sont de mauvais goût, disgracieux, ricaneurs, laids, kitschs. Mais celui-ci est vraiment très beau. Simple. Sans fioritures superfétatoires. Je le soulève et vois l'étiquette : il coûte plus de 60 pounds ! Ça doit être un nain artisanal… S'il avait coûté moins de 10 pounds, je l'aurais pris. Moins de 20 pounds même ! Je m'en vais. Je fais un tour dans ce magasin qui ne m'intéresse pas. Plus tard, je reviens. C'est vraiment un beau nain de jardin. Je le soulève à nouveau : miracle ! il coûte en fait 6,99 pounds ! C'est vraiment un bel objet pour un truc fait à Taïwan.
Il y a une fente sur le bonnet. C'est une tirelire. Quel malheur ! La pluie va rentrer dedans ! Et la moisissure ! Et les escargots ! Derrière l'étiquette du prix, il y a une ventouse pour retirer l'argent. C'est vraiment dommage. C'était le nain de jardin idéal. Les êtres cosmiques des strates supérieures de la réalité se moquent bien de moi ! J'aime à croire qu'ils existent, mais je suis tout seul avec dans les mains mon nain de jardin qui n'en est pas un et que je n'achèterai pas.
La nana de sodium 2
Elle est parfois rude À l'homme troublé Au cœur accablé Par la solitude : Quand se meurt la nuit, La femme fantôme, Luisant monochrome, Point et le séduit ; Puis se décompose En volutes roses, À peine effleurée. Sur le goudron chaud, Celui-ci, leurré, Éclate en sanglots.
Outrage 1

« La Lune, grosse et jaunâtre,
dissonant avec les épaisses ténèbres,
épie les honnêtes citoyens
de son unique œil globuleux.
Ô cyclope indiscret,
que cherches-tu ce soir ?
Ogre, prends garde,
toi qui entrouvres le ciel nocturne
pour zieuter ainsi le monde des hommes,
car le chevalier Bazul,
s'il l'apprend,
fou de rage,
t'éborgnera de sa lance longine,
et ton œil alors flétrira, flatulent,
tel une baudruche insensée ! vociféra Jojo à la Lune depuis le balcon.

— Arrête de crier des méchancetés à la Lune, Jojo ! le réprimanda le mage en lui donnant un coup de journal sur la tête. Et laisse le chevalier Bazul en dehors de ça !

— Pardon ! » s'excusa Jojo en se frottant la tête.

Outrage 2

Quand le chevalier Bazul ôta son heaume, Jojo fut fort surpris :
« Vous êtes une femme !
Le chevalier Bazul est une femme !  »

La combattante aux mille prouesses le dévisagea avec indifférence.

« Ô femme au grand front
et au cheveu fin,
vous êtes belle et vous le serez toujours !
Mais les hommes que vous enfanterez
seront calvitiques ! vociféra Jojo à la noble lancière.

— Arrête de crier des méchancetés au chevalier Bazul, Jojo ! le réprimanda le mage en lui donnant un coup de journal sur la tête.

— Pardon ! » s'excusa Jojo en se frottant la tête.

Débarquement

Les cornistes, exténués mais heureux, se jetèrent à plat ventre sur la plage. Le capitaine, digne et droit, tâta de sa canne le sable fin pour s'assurer que ce n'était pas un mirage. Il remarqua alors un chevalier qui faisait cuire un crabe sur un feu de bois. Il tâta de sa canne l'armure du chevalier pour s'assurer que ce n'était pas un mirage.

« Que venez-vous faire sur cette île ? lui demanda le chevalier.

— Nous sommes à la recherche du légendaire trésor de Kabeuth-Pot ! se targua le capitaine. Que peut bien faire un chevalier sur cette île perdue ? s'inquiéta-t-il. Vous ne convoiteriez pas le trésor, vous aussi ? »

Le chevalier esquissa un sourire. Son heaume à demi relevé laissait voir le bas de son visage.

« Il y a sur cette île quelque chose de beaucoup plus précieux que des pièces d'or.

— Et que serait-ce donc que cela ? douta le capitaine.

— La vérité », déclara le chevalier en retournant son crabe dans les braises.

Haïku automnal
二時間の 雨中渋滞 工事より
(ni ji kan' no uchû jûtai kôji yori) Deux heures d'embouteillages sous la pluie à cause des travaux ~
Haïku automnal
球根に 水を上げよう キノコにも
(kyûkon' ni mizu o ageyô kinoko ni mo) Arrosons les bulbes. Et les champignons !
Haïku hivernal
鴨泳ぐ 寒き沼より 霞かな
(kamo oyogu samuki numa yori kasumi kana) Un canard nage. Au dessus de l'étang froid : la brume ~
Hiver
Le Soleil, insonore, Nous parle comme il parle Aux pays du Grand Nord : Tout bas, lointain et pâle. Cet astre dépourvu De feu nous remémore L'ami qu'on perd de vue Mais qu'on espère encore.
Haïku hivernal
寒林や 宝を探す 子供たち
(kan'rin' ya takara o sagasu kodomotachi) Dans le bois gelé, une troupe d'enfants cherche un trésor.
Premier gel
Des feuilles mortes De toutes sortes Jonchent le sol. Els étaient molles Encore hier. Le vent d'hiver Les a blanchies, Les a durcies. Dorénavant Sucre croquant, Voilà qu'els ornent Le gâteau morne Du froid quartier, Flan pâtissier De goudron sale Où l'on cavale.
Dimensions
Inquiétés du trépas Imminent, on alla Questionner calmement Le scientifique all'mand (De la bombe atomique) Afin qu'il nous explique : « Chaque vie est autant Limitée dans le temps Qu'elle l'est dans l'espace. Pleurer qu'elle est fugace Est com' pleurer la peau, Qui est le vase clos Sans quoi notre présence S'étendrait en tous sens Vers l'infini lointain Des astres indistincts. » Rassurés, on partit cueillir des pissenlits.
Haïku automnal
集まるや 落ちたりんごの 食うスズメ
(atsumaru ya ochita rin'go no kuu suzume) Ils se rassemblent ! Les moineaux mordant les pommes tombées ~
Marie les p'tites madeleines
Alors qu'ils étaient treize, Jésus, ce mec balèze, Avec un pain d'épeautre Nourrit les doux apôtres, Qui a leur faim mangèrent. « Car, de la boulangère Marie (pleine de grâce !), Les mains, pleines d'œufs, grasses, Ongles pleins de mie, raclent, Font de jolis miracles Quand le pétrin pétrissent », Fit remarquer Petrus. « Ses croissants, ses brioches Sont les meilleurs d'Antioche ! »
Arrestation musclée
Soudain quelqu'un défonce La porte à cheval ! Ponce Pilate arrive en scène Un peu après la cène Et ce gros naze arrête Jésus de Nazareth. « Vilain gourou de secte ! Maudits soient ces insectes ! » Ces motifs il décline Puis sa lance longine Transperce Dieu fait homme. En tombant, Dieu fait « pom ». En croupe de jument, Celui qui toujours ment : En croupe du dada Sied le traître Juda ! Jésus bon crut s'y fier, Il sera crucifié.
Haïku hivernal
ばばとじじ 水仙摘むや 役場前
(baba to jiji suisen' tsumu ya yakuba mae) Un pépé et une mémé cueillent les jonquilles de la mairie !
La mangue
Mangue, ô mangue, Roi des fruits ! Boomerang Qui bénit, Qui exsangue L'infamie ! Quant ta gangue (Sucrerie) D'un vil gang De bandits Sur la langue Atterrit, Un bigbang Se produit, Yin et yang Sont unis : Leur cœur tangue, Attendri, Leur harangue Se tarit. Mangue, ô mangue, Roi des fruits !
Haïku printanier
蜘蛛の巣に タンポポの種 取られけり
(kumo no su ni tan'popo no tane torarekeri) Dans la toile d'araignée, des aigrettes de pissenlit ont été attrapées.
Haïku estival
ひまわりの 丘乾きけり 旅の歌
(himawari no oka kawakikeri tabi no uta) La colline aux tournesols s'est desséchée. Chanson de voyage ~
Haïku estival
スポンジに 種刺さりけり 朝の庭
(suponji ni tane sasarikeri asa no niwa) Dans l'éponge, une graine s'est logée. Jardin au matin ~
Gilets jaunes
Au citoyen Trop audacieux Qui manifeste En exigeant Que la justice Vienne aux modestes / Aux indigents, Que la police Coupe une main / Crève les yeux !
Haïku automnal
秋雨や パレット打って 子ら笑う
(akisame ya paretto utte kora warau) Pluie d'automne ~ Tabassant une palette, des gosses rient.
Haïku automnal
秋来ぬや トマト無き年 バルコニー
(aki kinu ya tomato naki toshi barukonii) L'automne est arrivé ! Année sans tomate sur le balcon ~
Haïku libre
上向けば 桃色雲や 糞を踏む
(uemukeba momoiro kumo ya kuso o fumu) En regardant en l'air : oh ! les nuages roses ! Je marche sur une crotte.
Météore
Dans le noir, Mes deux phares Gobent rond Le goudron. Dans la nuit, Je n'écoute Que ce bruit D'autoroute. Pas un mot. Que des champs. Par moment : Un hameau. Mais les cieux S'éclaircissent ! Comme un feu D'artifice, L'étincelle Lentement Fend le ciel Somnolent…
Puis clignote ! Puis s'embrase ! Ô extase Dans l'azote ! Cet étrange Météore Se colore : Rouge, orange, Jaune, vert, Bleu, violet ; Feu follet D'univers. Il revêt Sa toison D'horizon, Disparaît. La clarté S'évanouit, Emportée Par la nuit.
A-t-il chu Jusqu'à terre ? A-t-il eu Son cratère ? Quelqu'un d'autre L'a-t-il vu ? L'imprévu Serait nôtre…
Ironie

« La vérité ? Une telle chose n'existe pas ! Chacun a la sienne et puis c'est tout, s'esclaffa le capitaine au nez du chevalier Bazul.

— Vous ne croyez pas à la vérité, mais vous croyez au trésor de Kabeuth-Pot ? »

Haïku hivernal
雪だるま どこでもあるや 昼散歩
(yukidaruma dokodemo aru ya hiru san'po) Des bonhommes de neige partout ! Promenade du midi ~
Haïku hivernal
昼散歩 雪玉投げる 子供かな
(hiru san'po yukidama nageru kodomo kana) Promenade du midi ~ Des enfants se lancent des boules de neige.
Haïku hivernal
泥雪に 枝のぽろぽろ 日和かな
(doroyuki ni eda no poroporo hiyori kana) Dans la neige boueuse, le plic-ploc des branches ~ Beau temps !
Éloge du faux
Réalité comme fiction Sont toutes deux faites pensées, Sont toutes deux expériencées Et c'est une bénédiction ! Celui qui lit, celui qui rêve, Celui qui voit sur un écran (Plutôt qu'attendre en espérant) Vit d'autres vies que sa vie brève. Du mythomane au complotiste, Nourrissez-vous des anecdotes De vos amis et d'Hérodote. Dans l'infini suivez l'artiste ! Sauf quand il vous faut faire un choix (Elle est alors nécessité), Abandonnez la vérité. Vivez mil vies, vivez mil fois !
Hommage à Maurice de Vlaminck
Que trente-cinq Ornithorynques Féroces vainquent Francis Poulenc Et après trinquent Leur verre en zinc !
Mon puzzle aux cent pièces
à Warren
Mon puzzle aux cent pièces S'amaigrit d'une pièce. Le trou terrible laisse Quatre-vingt-dix-neuf pièces. Le puzzle représente Une cour de récré Où l'on joue, où l'on crée Des scènes amusantes, Où l'on court, où l'on crie, Où l'on fait des querelles, Du ballon, des marelles, Et puis des conneries !
Mon ami de primaire Si cher est décédé Car un homme a cédé À ses besoins primaires De boire et de tuer. La récré est en deuil. La récré est en rogne Contre un chauffard ivrogne Qui nous laisse un cercueil, Qui, distrait, a troué Mon puzzle aux cent pièces, Celui de mon enfance, Auquel soudain repensent Quatre-vingt-dix-neuf pièces.
Haïku estival
夏山や 葉書さんまい 石の下
(natsuyama ya hagaki san'mai ishi no shita) La montagne en été ! Trois cartes postales sous une pierre.
Haïku estival
夏山で 文書きながら 馬の屁や
(natsuyama de fumi kakinagara uma no he ya) Dans la montagne d'été, en écrivant une lettre : le pet d'un cheval !
Haïku estival
流れども 動かざる 遠滝五本
(nagaredomo ugokazaru tootaki gohon') Bien que s'écoulant, elles sont immobiles. Cinq cascades au loin ~
Éloge des gros
Gens des îlots des océans (Filles et fils d'humbles pêcheurs), L'Ouest vous emplit de hamburgers, Vous accablant d'un gros séant ! Votre optimal métabolisme (Fruit de siècles de dénuement) Conserve tous les nutriments Dont a besoin à votre organisme. Le maigre est une ignominie Quand il se goinfre sans stockage. Quelle ineptie ! Quel gaspillage ! Encensons la parcimonie ! Tous les gros sont des économes ! Héros pansus, vos corps avares Honorent les ressources rares, Portent la perte au minimum. Gens des îlots des océans, Gens du désert (à vos loukoums, Votre balance explose ; BOUM !)… Vous êtes les vrais bienséants.
En Bretagne
Hélas, rôtisserie Du lac de Guerlédan, Je n'ai guère les dents Pour mordre ton rôti : J'ai perdu mon dentier. Pour trouver mon sourire, Je devrai parcourir — Pour sûr ! — le monde entier.
J'ai dit adieu à mes amis
Le cœur meurtri, La larme aux yeux, J'ai dit adieu À mes amis. Je dois partir. De ces années Je chérirai Le souvenir. C'est maintenant — Je l'ai tant craint ! — Que nos chemins Sont différents. Adieu maison Dans la prairie ! Adieu les nuits De discussion À concevoir Un monde (ou cent !) Réunissant Nos rêves phares.
Et je m'enfuis Par la campagne. Et je regagne, Seul, mon logis. Le vent d'été Dans les collines Souffle, câline Les attristés. Le cœur meurtri, La larme aux yeux, J'ai dit adieu À mes amis.
On s'promène dans la forêtPartition
ParmesanPartition
Les catacombes
d'après un rêve
Il est un souterrain Aux maintes galeries Qui se peuple la nuit. On y voit les humains Tenter une prière Au culte de Mithra Ou mettre une mitre à Un pape pas peu fier. (Je les regarde, puis je vais voir ce qui se passe dans une autre salle.) Chacun laisse en entrant Son grade à la surface, Se joint à une masse Qui part en palabrant. Anonymes, dans l'ombre, Se confient aux quidams, Dansent, jouent du tam-tam… Anonymes, en nombre.
(Tout le monde ne vient pas tous les jours. Ou bien, on oublie qu'on est venu ?) Ça fait bien mille fois Que — par hasard — je tombe, Sondant les catacombes, Nez à nez avec toi ! Je me demande : « et toi ? Est-ce qu'aussi, tu tombes, Sondant les catacombes, Nez à nez avec moi ? » (Car chacun y voit quelque chose de différent.) Quelquefois, je me vautre Dans tes papiers perdus, Que je n'aurais pas lus S'ils étaient ceux d'un autre. Dedans, j'ai découvert, Lugubre et stupéfait, Que nul n'était parfait Et que tu as souffert.
(J'espère que tu vas mieux.) Puisses-tu ne jamais — Pour ton bien — me revoir Hors de ces tunnels noirs ! Moi, je t'y reverrai, Puisque les catacombes, Sans me dire « s'il te plait », M'imposent un reflet ; Et ce rôle t'incombe.
Maintenant que j'y repense M'apparaît une évidence :
C'était un ange.
Il n'existe plus de preuve De son être. Aussi ne peuvent Témoigner que des mémoires Floues ou hallucinatoires. Aucun cèpe, aucun panier En vue, je ne peux pas nier… Cependant quelques gugusses Confirmeront mon laïus : Un mythomane, un ivrogne, Un corrompu sans vergogne. C'est bien peu, je m'en excuse ! Je comprendrais qu'on refuse De me croire. Je n'ai pas D'autre explication que ça Quant à sa dissolution En célestes tourbillons.
C'était un ange. Mais quel était son message ? Quels ont été ses adages ? Que « nombre n'est pas raison » ? « Pas de loi sans exception » ? Écoutez, je ne sais plus. Malgré tous les livres lus, Je n'avais pas sa sagesse. Encore aujourd'hui, serait-ce Un modèle inégalé ? Un chemin fait de galets ? J'en retourne un beige, un bleu, En m'efforçant d'être humble.
Météorite noire
Météorite noire, Fragment de désespoir ! Météorite brune D'au delà de la Lune Tombée dans mon jardin ! Je te prends dans mes mains Et tu brûles mes doigts. Ne t'en fais pas pour moi : Je boirai tes ténèbres (J'y survivrai peut-être), Je boirai ton poison Qui ronge la raison Et qui ternit le cœur. Ça ne me fait pas peur. Météorite noire, Fragment de désespoir ! Météorite brune D'au delà de la Lune, C'est toi que j'ai choisie Dans mes mains cramoisies.
Que j'étais bête
Que j'étais bête en ma jeunesse À démontrer n'importe quoi, À décocher du sot carquois Qu'était ma tête un flot de messes N'ayant pour fût que des sophismes, N'ayant pour but que l'égoïsme ! « Sois tolérant pour toute chose Sauf pour ceci : l'intolérance » M'avait-on dit. Et ma défense Fut la suivante : « Eh bien tu oses Abâtardir la tolérance À forbannir l'intolérance ! » Fier de mon mot, j'avais été Sourd comme un pot aux vérités Fort lumineuses qu'il élude : Quand l'étroitesse hélas prospère, Aussitôt cesse, aussitôt perd La si précieuse mansuétude. Les violents vont de par le monde ; Le paix y fond ; la guerre y gronde.
Tomate
Ô tomate, aliment Qui — pour sûr ! — a taché Le plus de vêtements ! (De quoi être fâchés) Nous t'aimons tellement.
SaxophonPartition
Partition
Haïku hivernal
つめくさも にわとりも 霜おりけり
(tsumekusa mo niwatori mo shimo orikeri) Même les trèfles et même les poules sont couverts de givre !
Chanson sur l'amitié
à Maxime
Si j'avais une tomate cerise, Je la couperai en deux. Ça ferait deux petits chapeaux : Un pour moi Et un pour toi !
Haïku printanier
春雨や 起重機の鳥 百羽鳴く
(harusame ya kijuuki no tori hyakuwa naku) Pluie de printemps ~ Dans la grue, cent oiseaux piaillent.
Vere novo
d'après Victor Hugo
One believes to see them fly in a merry whirl Through meadows, across woods, over ponds, in the skies, Those little white pieces, thrown away by a girl, Of all her love-letters torn into butterflies.
Le beau temps s'en est allé
Le beau temps s'en est allé vers d'autres contrées.
Haïku printanier
犬の群れ 走り回るや 春の浜
(inu no mure hashirimawaru ya haru no hama) Une meute de chiens tournoie en courant. La plage au printemps ~

Je voudrais écarter ici d'emblée une fausse bonne idée, néanmoins courante chez les auteurs débutants.

Y a-t-il un gain significatif à écrire son livre en suédois dans la mesure où les livres en suédois sont massivement achetés par Ikéa pour agrémenter ses showrooms dans le monde entier ?

Il y a 480 magasins Ikéa dans le monde. Chaque magasin compte environ 30 showrooms, mais on peut dire qu'il n'y a que 10 showrooms de chambres au maximum (un showroom de cuisine ou de salle de bain ne comportant généralement pas de livre en suédois). Chaque showroom de chambre comporte environ 20 livres pour remplir les étagères (notamment la Billy et la Woltu). Ça nous fait 480 × 10 × 20 = 96 000 livres en suédois dans les showrooms Ikéa du monde entier. C'est relativement peu. Pour donner un ordre de grandeur, 400 millions de livres sont vendus en France chaque année. De plus, les livres des showrooms ne sont a priori pas renouvelés régulièrement, car réutilisés d'un showroom à l'autre.

Il n'y a donc pas d'avantage significatif à écrire son livre en suédois pour bénéficier du boost de ventes inhérent au remplissage des showrooms Ikéa.

L'arbre à fruits

Harry Glumberger (le milliardaire) possédait le dernier arbre à fruits. Il était obligé d'en céder quelques uns à son jardinier. Cela le répugnait profondément, mais sans cela, son jardinier mourrait, et sans son jardinier, l'arbre à fruits mourrait. Sans l'arbre à fruits, Harry Glumberger mourrait, et il ne pourrait plus posséder.

La compétence du jardinier était de faire vivre l'arbre à fruits, tandis que la compétence d'Harry Glumberger était de posséder. À chacun son rôle, et le monde tournerait rond.

Haïku estival
暑さから 隠れる猫や ラベンダー
(atsusa kara kakureru neko ya rabendaa) De la chaleur le chat se cache. Lavandes ~
Empreinte
traduction scrupuleuse d’un des 86 Poèmes sibériens d’Ivan Smirnov
La forme du cœur, c’est la cardioïde. Tu le sais, Été, esthète estival ! Témoin j’ai été de ton festival. Large donateur, tu n’es point aride. Tu l’as imprimée cent fois dans le sable. Mais vient la marée… Car jamais ne dure La forme sacrée : la sainte figure, Si tôt supprimée, est bien périssable ! Pleuvent sans un bruit les pêches géantes Sur les canapés, les bords de falaises, Les jardins nappés, les plages, les chaises… Révèlent ces fruits tes lignes savantes. Complice chaleur, artiste torride ! Quand elle a quitté enfin les toilettes, J’ai pu constater, ornant la lunette, Peinte de sueur, une cardioïde ! Cardioïde
Haïku automnal
垣越しに りんご投げれば 羊来る
(kaki goshi ni ringo nagereba hitsuji kuru) Par dessus la clôture, lorsque je lance une pomme, les moutons accourent.
J'adore ton style
traduction scrupuleuse d’un des 86 Poèmes sibériens d’Ivan Smirnov
Si j'avais la magie De vœux à un génie, Après en user mille À des choses utiles, Je voudrais rajeunir Et pouvoir revenir À la cour de récré Ce jour de la rentrée, Dans l'ombre humide et sèche Dans l'ombre chaude et fraiche De ces platanes d'ambre, Ce matin de septembre, Mais avec le courage De livrer ce message : « Hé, toi, là-bas, qui oses Porter des cheveux roses, Des collants arc-en-ciel, Dis, comment tu t'appelles ? J'adore ton style ! »
Haïku automnal
わし臭い 友達臭い 時雨かな
(washi kusai tomodachi kusai shigure kana) Je pue. Mes amis puent. Pluie d'automne ~
Jardinage
Dans ce jardin chantent Des milliers de fleurs : Mes parents, ma sœur, Mes oncles, mes tantes, Ma femme, mon fils, Mes amis d'enfance Et mes connaissances Au soleil fleurissent. Mais mon arrosoir (Empli de mon temps), Face à ce printemps, Est bien dérisoire ! Je pourrais au mieux En abreuver deux, Je pourrais ensuite En humecter huit, Et pour vingt, sans doute, Garder quelques gouttes…
Je suis hors de moi Car cet ustensile Cruchon imbécile Est bien trop étroit ! Je voudrais bien sûr Verser sans mesure Et par cœur connaître La foule champêtre, Toutes les pensées De chaque pensée, Que les pâquerettes Soient des parcœurettes ! Mais avec mon litre Je ne suis qu'un pitre : Jamais je n'irai Plus loin que l'orée.
Haïku automnal
りす二匹 柏上るや 実無し栗
(risu nihiki kashiwa noboru ya minashiguri) Deux écureuils grimpent au chêne. Bogues évidées ~
Haïku automnal
硬すぎる ベッドや秋の 風を聞く
(katasugiru beddo ya aki no kaze o kiku) Il est beaucoup trop dur ce lit ! J'écoute le vent d'automne.
Haïku automnal
泥溜り ボール浮かぶや 秋日和
(doro tamari booru ukabu ya akihiyori) Flaque de boue. Un ballon flotte ! Belle journée d'automne ~
Haïku automnal
夕暮れの 園や赤ちゃん 月を指す
(yuugure no sono ya akachan tsuki o sasu) Le parc au crépuscule ~ Bébé montre la Lune du doigt.
Pschitt
Ballon d'anniversaire Empli de confettis, Chaque jour fuit ton air… Tu deviens plus petit… Tu n'as pas eu la chance D'éclater en barouf Au moment où ta panse Roulait rond, patapouf : Au sommet de ta gloire, M'épargnant de te voir Rabougri et fripé. … Nous aussi, soit mollusques, Soit dans un boucan brusque, Notre souffle est happé.
Le secret
d'après un rêve
Réunis au jardin : Les tantes, les cousins… Voilà Tonton Gilbert ! Il blague. Il tient un verre. Je ris et je me tais, Com' si de rien n'était. Mes lèvres se retiennent De peur qu'il se souvienne Qu'il est mort. S'il savait, Vite, il disparaîtrait. Les jeunes, les aînés, Tous en seraient peinés. Alors je ne dis rien.
Choses à faire absolument en Franche-Comté
Louer une camionnette à Super U. Deux heures de corde à sauter. Poursuivre ses excréments charriés par la rivière. Se faire voler sa gaufre par une mouette et lui faire de grands gestes pour qu'elle nous la rende. Se dire que nous sommes des objets quadridimensionnels et donc que la mort est aussi grave que la naissance ou la peau. Masser le crâne chauve d'un vieillard. Voler une frite à son voisin de gauche. Ramasser une canette pour la porter à la poubelle la plus proche.
L'émeu à trois têtes

C'est l'émeu à trois têtes qui m'a appris la poésie. Je l'ai rencontré lors d'un part time job dans les galères de Jules César (on ramait pour les faire avancer). À côté de moi pagayait l'oiseau tricéphale. Il chantait à tue-tête la chanson des radis :

Moi je vous dis que les radis Sont une chose formidable Car on peut les donner au diable Contre une place au paradis !

C'était quelque chose à peu près comme ça.

Il m'avait expliqué : « La poésie, ça n'est pas juste des rimes en fin de vers ! C'est aussi le mètre ! Sinon, c'est du grand n'importe quoi !

— Du grand n'importe quoi !

— Du grand n'importe quoi ! » répétaient ses deux autres têtes. Je hochais la tête, impressionné.

Haïku hivernal
みかんの木 家に入れけり 蟻の列
(mikan' no ki ie ni irekeri ari no retsu) Le mandarinier a été rentré dans la maison. File de fourmis ~
Haïku hivernal
古里と 木立の影や 冬の暮
(furusato to kodachi no kage ya fuyu no kure) De mon village d'enfance et des bosquets : les silhouettes ! Soleil couchant de l'hiver ~
Jean Bernoulli

Jean Bernoulli offrit à l'ange une jolie petite pomme de pin ronde qu'il avait trouvée par terre lors d'une promenade. Il présenta la pomme de pin à l'ange dans une boîte en papier qu'il avait lui-même découpée et refermée avec un savant système de languettes. L'ange parut très déçu en découvrant le contenu de la boîte, boîte à laquelle il ne prêta aucune attention.

Une autre fois, Jean Bernoulli demanda à sa grand-tante de lui acheter un livre à deux sous au marché, parce qu'il avait oublié son porte-monnaie. Il offrit un peu plus tard le livre à l'ange. Le livre était mauvais, mais il parlait de la nature, et Jean Bernoulli se disait que l'ange aimait la nature. L'ange parut très déçu en feuilletant le livre.

Un jour, l'ange disparut, et Jean Bernoulli ne savait absolument pas pourquoi. Ce stupéfiant spectacle le conforta dans l'idée de René Descartes selon laquelle un vaste vortex d'éther entraînait les planètes, les noisettes, les cacahuètes…

Costard

« Costard », c'est comme ça qu'on appelle le vendeur du magasin de literie, parce qu'il porte un beau costard. Il touche une prime quand il arrive à vendre une grosse couette.

Le dimanche, quand sa boutique est fermée, il descend à la basse-cour avec son panier. Il ramasse dans l'herbe les plumes de canard pour remplir les oreillers et les édredons. Les oies mordent son beau costard.

Tanka hivernal
鴨あばよ 馬さようなら 赤ちゃんの 涙きらきら 冬の日差しに
(kamo abayo uma sayounara akachan' no namida kirakira fuyu no hizashi ni) Au revoir les canards ! Adieu les chevaux ! De Bébé la larme scintille dans un rayon de soleil d'hiver.
Haïku du nouvel an
元旦や 車の霜に グラフィティー
(gan'tan' ya kuruma no shimo ni gurafitii) C'est le matin du nouvel an ! Dans le givre des voitures : des graffitis.
Flammekueche

Indiscernables l'un de l'autre et du troisième, l'hip-hop-tame Sam, l'hip-hop-tame Bob et l'hip-hop-tame Zénobe Gramme — décrits comme « sans foi ni loi » par les journalistes à la solde des ploutocrates (mais peut-on les croire ?) — entraient tour à tour dans le restaurant de flammekueches à volonté. Les triplets voraces ne payaient qu'une fois pour trois.

Haïku hivernal
霜の湯気 家根のぽろぽろ 日差しかな
(shimo no yuge yane no poroporo hizashi kana) Les vapeurs du givre, le plic-ploc des toitures dans ce rayon de soleil !
Raqueniquedoque

L'elfe est tapi dans un buisson, sous le chêne séculaire, ou accroupi dans le chaos d'un dolmen. Son petit chaudron bouillonne. Il ricane.

Je croise parfois son regard, qui me rappelle qu'un jour, il reprendra tout ce qu'il m'a donné. Les cruches se fêleront, les cabanes à oiseaux se décomposeront dans la mousse, les vieux parents décèderont, les rotules s'useront, les savoirs s'oublieront… Tout perdre et être en paix, pourquoi pas, mais cela implique un certain détachement ! Or, il m'a donné toutes ces choses pour que je les aime. Dans le mystère de sa grimace, je n'arrive pas à lire si je dois aimer ou non ce que je vais perdre.

Topinoa

Hivers glaciaux de Mandchourie, s'éternisant ! Landes de givre où se précipitent les paysans affamés pour déterrer les topinoas ! Une chanson populaire dit :

J'ai trouvé un topinoa Pour mon ragoût Yat'cheng. C'est bon, tu vôas, J'en mange toutes les se-meng !

Couleur topinambour et goût de noix, les botanistes y voient pourtant un cousin du navet ou du radis. Mais bon, entre nous, l'avis d'un botaniste éclaire rarement la situation.

Haïku hivernal
枯葉の山を 走る子や ミモザ咲く
(kareha no yama o hashiru ko ya mimoza saku) Dans les tas de feuilles mortes, l'enfant court ! Le mimosa fleurit.
Haïku hivernal
ネギとサラダに 雪降るや 助けなきゃ
(negi to sarada ni yuki furu ya tasukenakya) Sur les poireaux et la salade, la neige tombe. Il faut les sauver !
Haïku hivernal
石と棒 ちんぽを成すや 雪だるま
(ishi to bou chinpo o nasu ya yukidaruma) Les cailloux et le bâton forment une quéquette ! Bonhomme de neige ~
Haïku printanier
倒られた 梅の木も 咲きにけり
(taorareta ume no ki mo saki ni keri) Même le prunier déraciné a fleuri !
Haïku printanier
からす毛を 取るや静かな ドッグラン
(karasu ke o toru ya shizuka na doggu ran') Un corbeau ramasse des poils ! Le parc à chien, si calme.
Haïku printanier
風車 グルグル回る 菜の香かな
(kazaguruma guruguru mawaru na no ka kana) Le moulin à vent tourne, tourne, tourne. Le parfum du colza ~
La marche des monstres
Aulnes monstrueux, Vos troncs flexueux Hurlent cent rancunes. Quand un vent de Lune Ride les canaux, Couche les roseaux, Vous vous réveillez — Yeux écarquillés. Vous sortez de terre, Quittez la rivière. Rythmant ce bastringue : Le prélude 5 De l'opus 23. Terreur et effroi Gagnent le boucher Et le boulanger Croisant la fanfare Des arbres têtards.
Vos tronches de brutes, Vos branches hirsutes Pleuvent des strobiles Dans toute la ville. À votre rencontre Viennent d'autres monstres : Argus, le yéti, Le dieu spaghetti Des Pastafaris, Les chauves-souris, Les calmars géants, Un gros plein de dents (?), L'émeu à trois têtes, L'haricomycète, Quatre maquettistes, Un club échangiste, Le serpent-venin, Raoutas, le nain Et le crocodile En queue de la file. Quelle gaie parade !
Soudain pétaradent Des lacrymogènes ! Le croque-mitaine S'empresse de mordre Les forces de d'ordre Semant le chaos. J'assiste là-haut Depuis ma lucarne À votre vacarme, À votre triomphe Quand les humains ronflent. Dois-je vous rejoindre ? Ou dois-je vous craindre ? Mais il est trop tard : Votre tintamarre S'évanouit au loin Et l'aurore point.
Hiroyuki et Sachiko

Tchoukouk tchoukouk tchoukouk

Dans la rame de métro, les deux collégiens se tiennent la main, timides, rougissants, fébriles, avec des papillons dans le ventre. C'est le premier jour qu'ils sortent ensemble. Ils s'en vont voir les cerisiers en fleur.

Hiroyuki aime Sachiko et Sachiko aime Hiroyuki. Hiroyuki aime Sachiko depuis qu'elle lui a prêté sa gomme en cours de maths. Ou bien est-ce depuis toujours ? Sachiko aime Hiroyuki depuis qu'il lui a demandé sa gomme en cours de maths. Ou bien est-ce depuis toujours ? Hiroyuki trouve Sachiko lumineuse, et surtout, elle a ce petit grain de folie qui la rend si différente des autres filles. Aussi, il aime bien sa voix un peu cassée, comme les Italiennes. Enfin, il n'a jamais entendu d'Italienne, mais il se dit que les Italiennes parlent comme ça. Sachiko trouve Hiroyuki charmant, et surtout, si drôle ! Aussi a-t-elle assisté à un de ses actes héroïques, et sait qu'il est courageux.

Les portes de la rame s'ouvrent. Sachiko descend. « Euh ! Ça n'est pas cette station-là ! » s'écrie Hiroyuki en regardant à droite à gauche. « Mais si ! C'est celle-ci ! » s'écrie Sachiko en regardant à gauche à droite. Les deux ne savent pas quoi faire, hésitent. Trop tard. La sirène retentit et les portes se referment. « Sachiko ! » hurle Hiroyuki, tambourinant la vitre alors que la rame redémarre. « Hiroyuki ! » hurle Sachiko, s'effondrant sur le quai, qui est déjà si loin, si petit ! Hiroyuki renifle et pantèle, puis se resaisit : il escompte bien descendre à la station suivante, emprunter la ligne de métro dans l'autre sens et rejoindre Sachiko.

Tchoukouk tchoukouk tchoukouk

Le temps passe. C'est interminable. La station suivante n'arrive pas. Hiroyuki espère que Sachiko sera restée au même endroit. La sirène retentit, les portes s'ouvrent. Il ascend puis descend les escaliers quatre à quatre, atteint le quai opposé et se jette dans une rame au départ. Mille pensées lui traversent la tête. Évidemment, il pense à Sachiko.

Tchoukouk tchoukouk tchoukouk

Après une seconde éternité, les portes s'ouvrent à nouveau. Il se hisse jusqu'au hall de la station à laquelle Sachiko et lui se sont perdus de vue. Il regarde dans toutes les directions, à travers la foule, à sa recherche. La voilà ! C'est Sachiko ! Il la reconnaît. Il court vers elle. « Sachiko ! »

Hiroyuki ralentit… et s'arrête net. Sachiko est désormais mariée à un rustre et manœuvre une poussette où six paisibles bambins suçotent leur tétine. Elle a un peu grossi et a quelques cheveux blancs, mais est toujours aussi lumineuse. Hiroyuki, lui, a un début de calvitie, ce qui n'enlève rien à son charme. Sachiko lève la tête, aperçoit Hiroyuki et se fige. Elle est bouleversée, reste interdite. Une larme coule le long de sa joue. « Sachiko… » bredouille Hiroyuki. « Nrrr » grogne le mari. « Sachiko, je… Tu… » bredouille Hiroyuki. « RAAAAAAH ! » rugit le mari en tapant des poings sur sa poitrine. Sachiko et Hiroyuki échangent un long regard sans parole, lourd comme un aligot, et Sachiko repart avec sa poussette et son maugréant mari. Hiroyuki les regarde quitter la gare, fondre dans la clarté éblouissante du mois d'août. Il écoute le brouhaha assourdissant des cigales.

Trois œufs du néant
Trois œufs du néant Petits et ronds plombent Mon panier béant. J'en ai ramassé Dans les catacombes. En aurai-je assez ? Mû par l'obsession De ce qui n'est pas — Ô interdiction —, Je les ai volés ! Je feutre mes pas… Je suis désolé. Voûté dans le noir, Je les fais éclore : Mon laboratoire Aux plafonds de grès S'illumine alors De tous mes regrets.
Images magiques Bleues, vertes et mauves ! Nuages tragiques De suppositions ! Ce spectacle sauve Par ses illusions.
La Tortue et les trois Lions
Maître Tortue comptait dans sa ruelle Trois nobles lions pour uniques voisins. Si ces derniers prenaient de leurs nouvelles Et festoyaient les autres chez les uns, Maître Tortue n'était pas invité. Il n'avait pas cherché à les connaître ; Ce sont les lions qui eurent cette idée : « Pour le dîner, nous convierons le Maître ! » Sir Maladroit alla frapper chez lui. Pattes crottées, il souilla le perron ; Griffes pointues, il égratigna l'huis. Maître Tortue le prit comme un affront. Puis le zéphyr souffla dans sa crinière, Qui regagna sa forme d'origine : Quand les cheveux du lion se hérissèrent Cela le fit ressembler à Lénine. Le chélonien conclut : « Mais il grimace ! » Estomaqué, outré, incommodé, Tourna le dos, montra sa carapace, Claqua la porte au noble félidé.
Sir Paresseux essaya à son tour D'aller mander son aigri riverain. Ensommeillé et manquant de bravoure Il griffonna en chinois mandarin L'invitation au dos d'un prospectus, Éternua à flot dans sa missive, Jugea correct le billet qu'il — astuce Avare en pas — jeta vers l'autre rive. Maître Tortue déchiffra la démarche Du lion mollasse en inexpiable injure. Ébouriffé, le lion rappelait Marx (Par le carreau, les deux s'entraperçurent). Le chélonien conclut : « Mais il grimace ! » Estomaqué, outré, incommodé, Tourna le dos, montra sa carapace, Tira le store au noble félidé.
Sir Ignorant pensait que les tortues, Pour seul festin, tortoraient des caillasses. Pour lui le roc — et non pas les laitues ! — Constituait leur dure carapace. Il apporta au chélonien sérieux Des gravillons fourrés dans des cookies. Pour plaire à l'hôte, il fit son poil soyeux Et vint sonner, coiffé comme Trotski. Le chélonien conclut : « Mais il grimace ! » Estomaqué, outré, incommodé, Tourna le dos, montra sa carapace, Bouda le don du noble félidé. « Avoir la paix, c'est tout ce qui m'importe ! » Il aurait pu devenir leur compère. Jamais un lion ne revint à sa porte. Maître Tortue mourut en solitaire. On croit souvent la planète habitée Par les méchants. Or ces derniers sont rares ! Détrompez-vous : l'offense, en vérité, Est le produit secondaire des tares.
Gloire à Dieu
Gloire à Dieu Au plus haut des cieux ! Gloire à lui Du plus profond des puits !
Haïku printanier
鳥のため パン濡らしけり 春の風
(tori no tame pan nurashikeri haru no kaze) Pour les oiseaux, il a imbibé le pain d'eau. Brise printanière ~
Les pierres
Alors que nous repartons, Un vieillard nous apostrophe. Il brandit son grand bâton Et nous crie ces quelques strophes : « Pèlerins qui — pas à pas — Parcourez le Grand Chemin, Ne ramassez surtout pas Les cailloux à pleine main ! Vous vous y attacherez, Croirez ces pierres précieuses ; Elles vont vous procurer Certes des pensées heureuses, Mais ces souvenirs attirent D'une force rétrograde Leur porteur, maudit, martyr, Vers leur lieu de dérobade. Alourdi par leur fardeau, Le collectionneur s'effondre : Son But avec des joyaux Il a fini par confondre.
Les dizaines de cadavres (Dont je suis — hélas ! — témoin) Jonchant le Chemin me navrent Quand des gemmes sont non loin. Le secret des jours joyeux : Ne cueillir que l'horizon Léger avec vos deux yeux. Pitié, gardez la raison ! » Je vide mes mains. Je vide mes poches. Je vide mon sac.
Haïku estival
鳩吹けば 赤子笑うや さくらんぼ
(hatofukeba akago warau ya sakuran'bo) Quand je souffle dans mes mains pour imiter le cri de la tourterelle, Bébé rigole. Cerises ~
Haïku estival
パントリー 開けて玉ねぎ 生えにけり
(pan'torii akete tamanegi haenikeri) J'ouvre le placard et les oignons ont germé !
L'esprit de la nuitPartition
Partition
Partition
Jasements
Il y a deux graines Dans ton jardin : L'une est la haine De ton prochain, L'autre est l'amour. Tu croiseras Jour après jour Divers aras — Ces beaux parleurs — Sur ta clôture. Ils feront leur Haute lecture : Les uns sommant D'onder la terre Au doux froment De qui libère Et qui partage ;
Selon les autres : « Quel gaspillage ! L'affreux épeautre De qui exile Et qui préjuge Est plus utile, Car vermifuge ! » Tout jardinier, Pour son train-train, Dut désigner Des deux grain-grains Un qu'il élut, Un qu'il bouda. « Com' saint Jésus Et saint Bouddha, Ouvre ton cœur, Purifie-le De ses rancœurs — Prurits fielleux.
Deviens meilleur ! Cours l'idéal ! Bleue est la fleur Des céréales Aux prés fertiles ; Brune est la gerbe Des prés stériles, Cruels, acerbes. »
Les géants
Ils sont dix fois, cent fois plus grands Que nous, les habitants du monde. C'est parfois en nous dénigrant Qu'un nous écrase en flaque immonde… Ou par mégarde ! C'est frustrant. Ils sont cent fois, mil fois plus lourds. Par dizaine ils nous assassinent. Ils vivent dans d'immenses tours. Leur corps long court sur les collines. Ils font les fruits, les fleurs, le jour ! L'on n'a point d'autre destinée Que s'introduire en leur domaine Et risquer d'être piétinés, Car c'est le monde qu'ils détiennent ! L'on ne peut point se mutiner. Nous comptâmes hier encore Sur le charnier, recto-verso, De deux amis les flasques corps : L'un sa coquille en mil morceaux, L'autre les pattes sans raccord.
Les catacombes 2
Il n'y a qu'ici qu'on peut croiser Ceux à qui l'on a dit adieu.
Septième ciel
Des hauts balcons, des jouvencelles Jettent des rires, des culottes. Les cardinaux, dans la ruelle, Cambrés, astiquent leurs binocles, Se proposent à l'interphone Pour rhabiller leurs blanches fesses (Ce sont les rois de la déconne Quand ils ont bu le vin de messe !) La porte s'ouvre. Ils se regardent. Un sacré feu brûle à leur cierge : « À l'escalier ! L'ascenseur tarde ! » Ils montent adorer les vierges ~
Toc toc
Il n'y a pas pertinence À l'huis de mon logis À montrer patte blanche Avec mythologies, Citations flagorneuses Du siècle précédent (Ces lettres caverneuses À l'écho redondant). Ne te prosterne plus Devant les panthéons ; N'urine pas dessus : C'est tout comme. Créons ! Des auteurs que tu aimes Nourris-toi, cannibale ; Fais-en des mets-poèmes À l'agape tribale. Fussent-ils grands, petits ; Fussent-ils neufs, antiques ; Fussent-ils saints, bandits ; Fussent-ils exotiques…
Fouille dans les bazars Pour trouver un trésor Qu'on trouve par hasard, Qu'on aime par le sort. Écris avec ton cœur, Aimant ce que tu fais Nous le lirons en chœur En le trouvant parfait.
Haïku estival
雪原の 滝流るるや 夏の山
(setsugen' no taki nagaruru ya natsu no yama) Des neiges éternelles la cascade s'écoule ! La montagne en été ~
Haïku estival
夏山や マツムシソウの 蝶二匹
(natsuyama ya matsumushisô no chô nihiki) La montagne en été ! Sur la scabieuse se posent deux papillons.
Frontispice de la tour du grand Alchimiste
Jour est court, soir est long Dans le creux des montagnes, Mais l'illumination Fuit la rase campagne !
Haïku estival
うんち山 どれの星座の 獣ふん
(un'chiyama dore no seiza no kemonofun') Le mont Caca ~ De quelle bête zodiacale est-il la bouse ?
Le mont Caca
Tous ignorent que tu existes ; Nul ne te voit, ô mont Caca ! Tu es comme un projectionniste À l'arrière du cinéma. Les marcheurs te tournent le dos, Au lieu de toi photographient Les cascades, le frais cours d'eau Et le cirque de Gavarnie. Le papillon orange seul Boit des scabieuses ton muscat. Mille touristes, pas un œil ; Nul ne te voit, ô mont Caca !
Le mont Jette-Ta-Tante
« Ubasuteyama » en japonais
Ils gravissent la pente Du mont Jette-Ta-Tante… L'air est pur et glacé. Le silence est brisé Quand la vieillarde crie : « Je t'ai donné la vie ; Tu me donnes la mort ! N'as tu point de remords ? » Jamais il ne confirme Les dires de l'infirme. Cette année, pas de fraises ; La récolte est mauvaise. C'est elle ou le bébé Qu'il doit laisser tomber. Il descend de son dos Le maternel fardeau Et s'en retourne seul. Une larme à son œil Scintille au clair de Lune.
(La chose est très commune Au mont Jette-Ta-Tante : Chaque siècle en voit trente.) L'astre attendra mourir Cette bouche à nourrir ~ * *   * Soit en prendra pitié : Changera tout entier Le corps de sa copine En un buisson d'épines !
Petite marmotte
Petite marmotte Qui répète tout — Peluche, mascotte À piles, doudou —, Un micro se cache Dans tes abajoues ; Les sons tu recraches — Astucieux joujou ! Les petits marmots Jouent, rient de bon cœur Écoutant tes mots (Mots qui sont les leurs). Un petit garçon Te dit « au revoir, Petite marmotte » Et tu lui réponds Aussi « au revoir, Petite marmotte ».
Et tu as raison : Les petits marmots Imitent les sons, Répètent les mots, — Robots hasardeux — Radotent, parlotent ; Eux aussi sont de Petites marmottes !
Oiseau du zéphyr
Oiseau du zéphyr, Je te félicite Car tu as volé La gourmette en or De Jean-Théodule. C'est bien fait pour lui. * *   * Si on aimait vraiment ça, on rajouterait des olives. * *   * Selon une étude américaine, 10% des études américaines sont bidon.
Rixe

Deux synesthètes se bagarrent. Évidemment ! Quoi ? Vous ne comprenez pas ? Vous ne savez pas grand chose de la synesthésie alors. L'un a colorié la lettre A en rouge, l'autre voulait la colorier en vert. L'un a colorié la note si en jaune, l'autre voulait la colorier en orange. Bref, ils se bagarrent. L'un donne un coup de poing bleu dans la joue de l'autre. L'autre donne un coup de pied blanc dans la cuisse de l'un. Le premier étrangle le second jusqu'à ce qu'il devienne mauve.

Les mouches ganiques
Un Lapon m'a dit Que le noaidi Chante sa chanson Et guide avec son Tambour chamanique Les mouches ganiques Sorties de sa boîte En bois d'aulne, étroite. (Il les collectionne Comme des Pokémon.) Il s'en sert parfois : Au loin les envoie — Qu'il vente ou qu'il neige — Voler en cortège, Espionner quelqu'un, Piquer un faquin, Porter un message Aux dieux des nuages… « On ne leur connaît, Dit un Gabonais, Qu'un seul prédateur : (L'oiseau d'équateur) Le touraco bleu — Coucou fabuleux ! »
Ramifications
On n'avait plus vu la Lune Depuis bientôt trois semaines. Qu'on se tourmente, qu'on craigne Cette céleste lacune ! * *   * Que tu es triste Guillaume ! (J'ai parlé à ton fantôme.) Ton cœur pend aux citronniers Des sentiments printaniers Quand tu marches dans l'automne, Ivre de ses rues piétonnes, Dans tes chansons vagabondes, En buvant le vin du monde… Au platane platonique Je n'ai jamais répondu. À ses branches, suspendus : Des destins énigmatiques. (« On meurt plus, disait Cioran, En éclosant qu'en mourant » :
L'infinité des possibles De façon irréversible Tôt ou tard est emportée Par l'une réalité.) Aux feuilles du magnolia J'en vois aussi un chouïa. Jean Bernoulli doit en voir À la cime du pin noir ? Vous me saurez assis à La branche d'un acacia, D'où je compte l'innombrable Se brandillant dans les arbres. * *   * Enfuis-toi, Apollinaire ! Revienne l'astre lunaire !
Fugue
Beau ballon, c'est la chaleur Qui t'éclate en la majeur. Tourbillon de confettis — Contrepoint de Scarlatti — (Ils ne tombent pas de honte, Voilà qu'au contraire ils montent !), Vole vers d'autres jardins ! Ramasseront les voisins un par un, fort agacés, Les bémols des ans passés.
Le paresseux
De tous les singes, le plus sage N'est ni le chimpanzé ni l'homme ! (Ceux-là pratiquent le lynchage Sur leurs semblables innocents : Au nom d'idées ou pour des pommes, Ils assassinent l'opposant.) Couvert de mousse et de lichens, Le doux singe est le paresseux ! La jungle sud-américaine Est le royaume des gentils. Papillons, mites sont chanceux, Dans sa fourrure, bien lotis. La vertu mère du bradype, Qui est la clé de sa sagesse, Qui en fait l'ultime chic type, N'est autre que sa nonchalance ! Son pacifisme est la paresse, L'apolitique indifférence.
Haïku estival
とうがらし 炒めじゃがいも ももだった
(tôgarashi itame jagaimo momo datta) Les pommes de terre sautées au piment étaient des pêches.
La bouillie de millet
Le chef Chaghan Temür Et ses guerriers mongols De cadavres, d'armures Avaient jonché le col. L'armée de Zhu Yuanzhang Était mise en déroute. C'est dans les monts Taihang Qu'il dut prendre la route. Des bourrasques soufflaient, Levant de la poussière ; Zhu Yuanzhang détalait, Ils ne le pourchassèrent. « Aucun homme blessé Ne survit en ces cimes, Railla Chaghan, laissez Ce généralissime. » * *   *
Lundi, mardi, jeudi, Zhu mangea des racines ; Mercredi, vendredi, Les fruits de l'aubépine. Ces baies étaient acides, Les racines amères. Les jours étaient torrides, Les nuits étaient polaires. Zhu Yuanzhang affamé, Titubant, tomba sur Un vieil homme tanné, Son âne et sa masure. Le doyen recueillit Le général fourbu, Lui fit une bouillie De millet, que Zhu but. Ce gruau dévalait La gorge du convive ; À son menton coulaient Les larmes, la salive.
« C'est la meilleure chose Que j'ai jamais mangée ! Cuisinier virtuose, Soyez en louangé ! » Le lendemain, l'ancien Lui harnacha son âne. Zhu regagna les siens, Ses soldats, sa campagne. * *   * Zhu — les années passèrent — Devint l'empereur Ming. « Chaghan, six pieds sous terre, Les pissenlits rumine ! » Les paons, dans les lotus De son palais fleuri, Ouvraient des roues profuses, Poussaient de charmants cris.
Marmitons, maîtres queux S'affairaient en cuisine Concoctant des mets que Les nobles de Nanjing Trouvaient fort délectables. Mais Zhu — dit « le roi Wu » — Semblait rêveur à table, La main contre sa joue. « Ces festins sont bien bons Mais n'égalent en rien La bouillie des hauts monts, Régal végétarien. » Les cuisiniers perplexes Lui firent la bouillie De millet. Par réflexe, Pour la rendre embellie, Mêlèrent du soja, De l'huile de sésame, Un épais bouillon d'oie, Du poivre de Sichuan.
« Vous n'avez rien compris ! Recracha le roi Wu, Au véritable esprit Du plat auquel je voue Cette mélancolie. » Les cuisiniers revinrent Avec une bouillie Simple dont ils n'obtinrent Qu'un sonore soupir. « C'est fade. » Il repoussa Le plat. « C'est à mourir D'ennui. Ça n'est pas ça. » On alla retrouver Là-haut dans les montagnes Le seul chef approuvé Par le roi Wu. « Oh ! Soigne, Vieillard, mon triste cœur Depuis ce moment-là Resté dans les hauteurs. » Le vieux sujet son plat
Tendit à l'empereur, Qui se jeta dessus. Mais le roi dévoreur Fut à la fin déçu. « Bon vieillard, es-tu sûr Qu'elle est à l'identique ?  — Elle est de ma masure. La recette est antique. » Le roi Wu défaillit, Penché sur sa fenêtre. « Ce n'est pas la bouillie, Je dois le reconnaître, Qui était féerie, Mais ma faim. Qu'on honore L'ânier par des soieries, Un titre, un lingot d'or. »
Virtuosité
Le monde est un orchestre Jouant un concerto Duquel chacun doit être Le soliste presto.
Le lièvre et la torture
Sur la colline, un lièvre Aimait une tortue. Il voulait de ses lèvres Entendre des réponses : « Je t'aime. M'aimes-tu ? » Mais la tortue : « je pionce. » Et le lièvre attendit. Un jour, deux jours, trois jours, Brûlait un incendie Dans son cœur impatient. Il trépignait autour, Torturé, se souciant Des sentiments dormant Sous l'épaisse coquille. La tortue l'informant À son réveil tardif Par l'heureuse broutille D'un mot affirmatif,
Le lièvre lui posa Des milliers de questions : Sur les œufs mimosa, Son livre préféré, Sa journée, ses passions… Mais il fût effaré De voir que la tortue Somnolait à nouveau ! La réponse attendue Vint après deux semaines. Du lièvre le cerveau S'était tordu de peine. Il se demandait si C'était de l'irrespect, Hésitant, indécis. Une énigme terrible Dans la nuit le crispait : Étaient-ils compatibles ?
Les autres animaux Lui soutenaient que non ; Qu'il n'aurait que des maux ; Que l'amour aurait dû Rendre heureux, pas grognon ; Qu'avec une tortue La tortue s'apparie ; Qu'un lièvre avec un lièvre Bondit dans la prairie ; Qu'il allait retrouver D'une idylle la fièvre Mais sans être éprouvé.
Pensée et poème
Pensée, sur moi ton flux Coule, ininterrompu. Il est désordonné. Il m'a souvent donné D'idées au moins les pieds Mais sans tête qui sied. Ta cascade est souillon Pour l'esprit tatillon. Un poème, à l'inverse, De son doux rythme berce. Il a début et fin. Brave, son écrivain Y prépara un sens, Soumit à l'exigence Ses mots les plus sauvages, Qu'ils forment un pavage.
Mélosaure
Les lapins sortent des garennes Dire au revoir au soleil rouge. Ris, nez de clown — toi qui te couches —, De nos folies contemporaines, Puis tombe dans l'étang du parc. Les saules pleurent ta noyade, Naïfs, appellent les naïades Pour te hisser dans une barque. Et tu es là, toi, Mélosaure, Assis sur un banc, silencieux. Je déteste être sentencieux Mais les humains te croyaient mort ! Reviens-nous vite, ta musique Et tes romans manquent aux hommes. Ton art — encore ! — est le summum ; À côté, tout semble basique. « Mon âme est lasse et je préfère Au loin du monde contempler Dans ce square au soir dépeuplé L'éternel feu crépusculaire. 
Ce ciel mourant me remémore Le monde en flammes, ses tyrans, Ses peuples mous les admirant. Mentez aux gens : chantez ma mort. »
Mon garagiste-réflexologue
Mon garagiste- Réflexologue Est mentaliste, Voire astrologue (Aussi un peu Naturopathe). Des quatre pneus Ses deux mains tatent Le caoutchouc Jusqu'aux recoins De chaque roue. Il pousse un point D'acupression, Cela répare : Clim, transmission, Moteur et phares… Autoradio, Joint de culasse, Portes, capot, Et essuie-glaces.
De chaque endroit Du pneumatique, À chaque endroit Un fil cosmique Sur la voiture Fait correspondre. C'est la nature Qui a dû pondre Un tel schéma Entremêlé Qu'un grand lama Sut révéler. C'est épatant. Non, ça n'est pas Un charlatan. Je ne suis pas Non plus jobard Ou boniface. Il faut y croire Pour que ça marche !
Haïku automnal
d'après Automne, de Guillaume Apollinaire
人と牛 霧に消えるや 愛の歌
(hito to ushi kiri ni kieru ya ai no uta) Un homme et son bœuf disparaissent dans le brouillard ! Il chante l'amour.
Pluviométrie
L'artiste est un pluviomètre, Instrument de précision : Il attend que sur sa tête Pleuve enfin l'inspiration. Musicien, peintre ou poète, L'art est précipitation. Quand tombent les gouttelettes, Son travail est notation. Mais ce qui en fait un maître Est aussi la réception : Son crâne est une cuvette Opérant la captation. Entonnoir, vase ou trompette Jauge sa déformation !
Carilloniste

Carilloniste, que ses parents avaient baptisé ainsi en espérant qu'il fasse un jour tinter les plus hauts beffrois de Belgique, avait finalement opté pour une toute autre voie : il transportait sur son dos des meubles de salle de bain à travers le désert du Sahara.

La fée noire
traduction scrupuleuse d’un des 86 Poèmes sibériens d’Ivan Smirnov
Sirène d'or De sable et de soleil, Tu t'évapores Avec cent sœurs vermeilles. Dans ses bourrasques, Le vent de sable froid Donne des claques, Les profanes foudroie. Il n'y a qu'une Sirène au vent qui reste Mais elle est brune Et son aura funeste. Elle est très maigre, Pâle, vêtue de noir. Tout aussi maigre Est le chien de la moire.
Haute, un genou Sa chaussette a conquis, Les pensées noue Au zettai ryôiki. En bout de laisse (Longue chaussette noire), Traîne, maîtresse, L’aboyante mémoire !
Haïku estival
じじの凧 飛べず幼女は 砂遊び
(jiji no tako tobezu yôjo ha sunaasobi) Le cerf-volant de son papy ne décolle pas. La petite fille fait des pâtés de sable.
Le dit de Didon
Au lit claustrée, la reine inquiète. Soudain on oit sonner sa conque. On accoure à sa fin de diète. Anne arrivant, Didon dit donc : « Anne, ma sœur, allume un feu Sur la grand-place de Carthage. — Ah bon ? Pourquoi ? — Ce que je veux Manigancer, je te partage : Tu connais ma mélancolie Depuis que j'ai perdu mon homme. (Les dieux, là-bas, en Italie, L'ont envoyé pour fonder Rome.) Ma sœur, je souffre, mais hier J'ai découvert d'occultes tours (Je les ai sus d'une sorcière) Pour soigner mon chagrin d'amour. Je dois jeter dans un bûcher Tout ce qui lui appartenait : Les draps où nous avons couché, Ses slips, ses armes, son bonnet…
Quand tout cela sera des cendres J'énoncerai une formule Sibylline afin de pourfendre Ma peine avant le crépuscule.   Demain, je me sentirai bien. Hiarbas a demandé ma main ; J'épouserai ce roi libyen Sans plus penser à mon Romain. » Diligente, Anne, s'exécute, Le brasier prêt, mande Didon. La reine jette en les volutes Fumantes d'Énée l'édredon Et les affaires du héros. Enfin, Didon, devant les flammes, Cérémonieuse, clame haut : « Énée, tu possèdes mon âme En plus de ces quelques babioles ; Je suis aux flammes convoquée. » Par un grand saut, Didon s'immole Sous les yeux d'Anne, estomaquée.
La pastèque à voyager dans le temps
une cène
Les yeux fermés, je me transporte ailleurs : Dans la forêt, non loin de l'océan. La pastèque à voyager dans le temps Est posée sur mes jambes en tailleur. En cercle, assis, sous le brûlant zénith, Nous festoyons, inaugurant une ère. Chacun est druide, et ses rêves lunaires. Partageons la bouteille d'eau bénite, Quelques sandwichs et des poignées de chips ! Hommes de l'art, annonçons nos trouvailles, Présentons le fruit de notre travail ! Le ciel est bleu, loin de l'apocalypse ; En ce temps-là, l'avenir est promesses. Nul souci ne filtre ce rond de fesses.
Haïku écliptique
d'après Matsuo Bashô
曇人を 休めるや 日蝕観察
(kumo hito o yasumeru ya nish'shoku kan'satsu) Les nuages offrent un repos aux observateurs de l'éclipse solaire !
Guy le Propre et Guy le Sale

Guy le Propre désinfecte la lunette des toilettes, la poignée de porte, l’interrupteur et le bouton de la chasse d’eau avant de s’asseoir, et après s’être assis. Oui, car il fait pipi assis.

Guy le Sale fait pipi debout. Son jet d’urine s’accompagne toujours d’un spray subtil, qui recouvre de micro-gouttelettes la lunette des toilettes. Avant de partir, il laisse tomber trois grosses gouttes au sol.

Guy le Sale mordille ses stylos. Il mordille aussi ceux de Guy le Propre quand ce dernier les lui prête. Parfois, il se trompe de côté, alors il a les dents bleues.

Guy le Propre porte parfois du rose. Guy le Sale se demande s’il ne serait pas un peu homosexuel. « Et quand bien même ? » lui a répondu Guy le Propre. Guy le Sale ne sait pas vraiment ce que « quand bien même » signifie, alors il a pris ça pour un oui.

Haïku automnal
滑り台 ボロボロにけり 桃と梨
(suberidai boroboro ni keri momo to nashi) Le toboggan est devenu tout craquelé. Pêches et poires ~
Trous dans le mur des toilettes
Alors, j'ai noté ça dans mon carnet, mais je ne me souviens plus si c'est un poème ou pas. Dans le doute, je le mets quand même.

13,75 cm entre les deux plus éloignés

11,9 cm entre celui de gauche et celui du milieu

Vis diamètre 5 mm

Haïku automnal
ハシバミの 中を走るや 新学期
(hashibami no naka o hashiru ya shin'gakki) On court à travers les noisettes ! Rentrée des classes ~
Haïku automnal
三百個 捥ぎけり りんご送ろう
(san'byakko mogikeri ringo okurô) J'en ai cueilli trois cent… Offrons des pommes !
Le serveur avait son doigt dans la sauce
The waiter had his thumb in the sauce.
Tata Ravioli

Aujourd’hui, Tata Ravioli nous a quittés.

Autrefois, quand elle était jeune, au Cambodge, elle vendait des trucs et des bidules à la sauvette. Dès que sa petite sœur aperçut les Khmers Rouges arriver au loin, celle-ci remballa ses cliques et ses claques. Mais pas Tata Ravioli, qui se contenta de pouffer.

Les Khmers Rouges n’étaient pas des soldats comme les autres : c’était des adolescents — parfois des enfants — avec des fusils, auxquels on avait enseigné que l’ancien monde était irrémédiablement vicié, et que ses âmes n’avaient pas la moindre valeur, comme des vers dans une pomme.

Ils ordonnèrent à Tata Ravioli de décamper. Tata Ravioli leur répondit non. Ils lui demandèrent pourquoi. Elle leur répondit qu’elle faisait ce qu’elle voulait. Ils la battirent au sol. Le médecin signala à sa mère qu’une personne de constitution plus fragile n’aurait pas survécu.

Aujourd’hui, Tata Ravioli nous a quittés. Peut-être de son propre chef, parce qu’elle ne pouvait plus être libre dans ce monde.

Vigilance
Durant l’adolescence de notre pensée, Nous nous vautrons souvent dans la boue du cynisme. Nous rejetons ce qui, enfants, fut encensé Par nos instituteurs, le taxons d’angélisme. Après des ans d’errance à regarder la vie, Nous nous apercevons que ce monde est fragile ! La paix, la vérité, notre démocratie Subissent sans arrêt l’attaque des plus vils. Justice, liberté, honneur, fraternité Sont un corps qui, véreux, n’attend que de pourrir. Notre petite bulle alors peut éclater ; Ell' n’est qu’une exception à toujours secourir, Portée à bout de bras par quelques courageux, Gonflée au temps passé par des sages illustres. L’anomalie de l’ordre aux maux moyenâgeux, Chaos préhistorique et tyrannie des rustres Est sans cesse exposée. Les lois qui la maintiennent Se fissurent encore au marteau des avides. Marbre institutionnel, quiétude citoyenne, Ta longévité tient aux héros impavides.
Aha !
Eux, ils ont une oie. Non, six. Non, dix. Des tas ! Pas peu, non… mil ! Zoo nul : ver mou, pie qui bée, ara bec coi, boa qui fit mal, coq con, pou âgé, rat usé, yak sot, aïs nés nus (bah oui). Ils ont mis mat sur nef, ont été via une mer. Sur une île, ils ont ouï une ode aux ans, lue par une fée. Oud, cor. Cet été est dès mai ! Rai : fil feu vif. Mon bob pur lin sur mon cil fin, mon fez pur fer sur mon tif dru, mon cou sue une mer sur mon dos ; eau, sel. Blé bio, ton épi mûr fit mon bun bon ! Ouf ! Pet : son bas, vil ! Gaz par jet pas pro ! Air non pur ! Cul qui pue ! Nez las, ils ont fui par les sas. Cap Sud-Est ! Par van, par bus, par car, par ski… Luc est élu roi ! Pas moi, pas toi, non : lui. Fou, Joe bat Luc : pif paf ! « Aïe ! » dit Luc. Joe, par son arc, tue sir Luc : pan ! Son tir sec met tôt une fin sur une vie ! Une âme est tue. Sam est ému : « zut, mon bel ami ! » Joe est haï, roc par roc ; Joe est hué, cri par cri.
Mon tri est bon : mon blé est sac, mon riz est bol, mon sel est pot, mon vin est fut. Cas par cas ~ Ici : gel sur pic, gel sur val, gel sur col, gel sur gué... Lac dur (tel mon mur). Bal sur gel : bel art. Duo uni. Une glu lie, ion par ion, mue sur mue, une bru sur son mec. Ère : tic, tac, tic, tac, tic, tac… Jeu aux dés, sou qui ira mal ! Une bru fut eue : son for fut dit, une loi fut mot sur roc, une dot fut due aux uns. Bon gré mal gré, pli par pli, lot par lot, son sou fut don. Cet axe clé est une rue top ! Ici : bar, bar bis, bar ter… Pub, pub bis, pub ter… Kir (suc pur), vin (bon cep), thé (fin cru). Tôt, les jus des pis ont été bus cul sec. Rot ~ Ton pré est sec tel cet erg. Ton sol est dur. Une eau non bue tue ton pin, ton gui, tes lys, tes ifs. Ils ont osé : ils ont ôté ton lac. Vil vol ! Ils ont dit : « sus aux ifs ! » Dis-moi, ils ont mal agi par égo, non ? Ils ont fui car mon ire est sue ici. Rab : wok, nem, pho, ail cru. Rut zen, zob gai.
« Duc, ton écu rit ! » lui dit son âne. « Ton gag est nul ! » lui dit son duc. « Que mon but ait une fin. - Aie foi. Nie ton nom. » Mes mas ont vue sur mer. Ils ont plu. Gym sur lit : hop hop hop ! Bam ! Ils ont chu sur une vis, aïe ! Oie, pie, ara ; bon vol !
Aztèque
Dévot, je dévore L’auteur de papiers. Il crie. Moi je mords Dans ce corps de texte. (Je mange ses pieds Si c’est un poète.) Puis je lui arrache L’en-tête ! Des gerbes D’encre rouge entachent La bibliothèque. Puisque Dieu est verbe, Je suis un Aztèque : J’espère absorber Ainsi son pouvoir ! Des mots sont tombés Par inadvertance Au fond du bavoir Pendant cette transe.
Je bois ses paroles. Un texte en gras donne Du cholestérol ; Pour garder la ligne, — Que Dieu me pardonne — Je saute des lignes…
Videurs
traduction scrupuleuse d’un des 86 Poèmes sibériens d’Ivan Smirnov
Parallèle en bas du ventre : Les femmes sont les videurs De boîte de nuit qu’est leur Vagin. Disant « toi, tu rentres », « Je refuse ce gars-là », Ou « allez, tous les gars rentrent », Els sont gardiennes, garantes Du prestige du gala, De la qualité du genre, Façonnant leur descendance Par ce lieu où des gens dansent Parmi de défendues jambes.
Haïku automnal
月の暈 虹を架けるや 羊雲
(tsuki no kasa niji o kakeru ya hitsujigumo) Le halo de la lune s'entoure d'un arc-en-ciel dans le ciel moutonneux !
Haïku automnal
切り込みを 入れ忘れけり 栗破裂
(kirikomi o ire wasurekeri kuri haretsu) Oups ! J'ai oublié de faire les entailles au couteau ! Explosions de châtaignes ~
S’il vous plait
S’il vous plait, Manifestez, mais sans rien casser, Sinon ça pourrait faire changer d’avis les décisionnaires. S’il vous plait, Scandez vos revendications, mais dans votre tête, Sinon vos compatriotes pourraient être d’accord. S’il vous plait, Réunissez-vous, mais seuls et chez vous, Sinon ça pourrait effrayer la bourgeoisie. S’il vous plait, Faites grève, mais en travaillant, Sinon ça pourrait mettre à genoux le patronat. S’il vous plait, Soyez raisonnables Pendant qu’on vous pille et qu’on vous tue.
Friche
traduction scrupuleuse d’un des 86 Poèmes sibériens d’Ivan Smirnov
Le papillon s’en moque bien Si une abeille à sa fleur vient Aussi goûter le doux nectar ; La fleur aussi s’en contrefiche Si son papillon s’en va boire Une autre fleur de cette friche. Serait-ce une monde positif Sans les jaloux, les possessifs ?
Haïku hivernal
眠れずに 荒波聞くや 月なき夜
(nemurezu ni aranami kiku ya tsuki naki yo) Sans pouvoir dormir, j'écoute la mer agitée ! Nuit sans lune ~
POSTFACE
L'Art
selon Wong Tsongmeng

« L'Art est dans le style. Plus exactement : l'Art est dans la myriade de minuscules décisions qui définissent le style. L'artiste est celui qui choisit beaucoup. Le style est généralement composé d'inexactitude ou d'inconcision. Ce qui est exact et concis est Science. Ce qui est involontairement inexact est erreur. Ce qui est involontairement inconcis est bavardage. »

La concision
selon le shôgun Momomizu Shigerata

« La concision est l'ultime politesse ; ainsi, le haiku est l'ultime forme poétique. »

Densité

Un bon poème est un poème dense. Il faut se poser la question : combien de vers suffisent pour raconter cette histoire, pour véhiculer cette image ? Il ne faut surtout pas se forcer à écrire 3-4 strophes si une seule suffit, sous prétexte que les poèmes célèbres font généralement 3-4 strophes.

Il faut se sentir totalement libre dans le choix de la forme. Ou plutôt : la meilleure forme pour un poème est la forme minimale qui permet de raconter tout ce qu'on a envie de raconter. Et donc, quelque part, ça n'est absolument pas un choix libre !

Photographie

Écrire un haiku, c'est prendre une photo. Pour garder le souvenir d'un moment. Figer une image dans sa mémoire et pouvoir y revenir à tout instant en relisant le haiku. C'est comme regarder d'anciennes photographies, d'un voyage ou d'un anniversaire.

Ainsi, le haiku ne doit pas mentir. Le haiku ne peut pas mentir. Sinon, il n'est plus un haiku, mais seulement quelque chose qui ressemble à un haiku. Comme une photo truquée n'est pas une photo, mais quelque chose qui ressemble à une photo. L'authenticité du haiku est plus importante que son mètre, que son mot de saison, que son mot de césure.

Césure et e muet

Le e muet placé juste avant la césure du vers crée un terrible effet de lourdeur, qu'il faut s'efforcer d'éviter. La pratique recommandée pour une musicalité optimale est de placer le e muet juste après la césure. Sauf si on veut justement créer un effet de lourdeur, lorsque le sujet du poème y invite.

Césure asymétrique 1

La césure symétrique peut donner l'impression à la lecture de compter à voix haute des demi-mètres : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 1, 2, 3... Ce qui est anti-musical et d'un ennui détrimentaire.

Une première solution est de varier le mètre.

Une seconde solution est de rendre la césure asymétrique. La césure 4+6 sonne particulièrement bien dans les décasyllabes !

Césure asymétrique 2

Pour les mètres impairs, la césure asymétrique nous est imposée par les lois de l'algèbre.

Pour l'heptasyllabe, la musicalité optimale est obtenue avec la césure 3+4. Pour l'énnéasyllabe, avec la césure 5+4. Le pentasyllabe est trop court pour nécessiter une césure.

Césure asymétrique 3

Naturellement, les poètes classiques occidentaux ont pratiqué la césure 4+6 sur les décasyllabes. Une raison est qu'ils avaient peur du mètre impair des demi-vers résultant de la césure symétrique. Ils avaient à la fois raison et tort. Ils avaient raison, parce que la césure 4+6 a une excellente musicalité. Et ils avaient tort, parce que les mètres impairs sont très beaux !

Comme nous sommes habitués au 6 et au 8, le 5 et le 7 sont intéreprétés par le cerveau comme des 6 et 8 dont le dernier pied est silencieux. Une sorte de repos avant de lire la ligne suivante. En musique, l’équivalent est de conclure une phrase de noires par une blanche.

Du bon usage de la forme sonnet

Le sonnet a beaucoup été utilisé par mimétisme, à tel point que beaucoup écrivent des sonnets sans vraiment se demander pourquoi ils ont choisi cette forme plutôt qu'une autre.

La forme sonnet, par ses dernières strophes plus courtes que ses premières, suggère un rétrécissement ou une accélération. Il convient donc, dans l'idéal, de l'utiliser lorsque le poème traite de ce sujet.

Si un sonnet ne parle ni de rétrécissement ni d'accélération, il attire sur lui l'implacable suspicion d'un non-choix. Or le choix étant la brique constitutive de l'Art (selon Wong Tsongmeng), la qualité du poème en est irrémédiablement dégradée.

La rime en panier 1

Le schéma de rimes ABACBC comporte 3 rimes dictinctes pour 6 vers.

On pourait le nommer « rime en panier », la rime B étant une anse qui relie les deux bords (A et C) de la strophe.

Schéma de rime en panier
La rime en panier 2

La rime en parnier (ABACBC) est en quelque sorte le stade évolutif suivant de la rime embrassée (ABBA). La rime embrassée comporte une rime plate (BB) en son centre (dont on peut ne pas apprécier le caractère insistant), ce qu'évite la rime en panier. La rime en panier conserve le caractère conclusif de la rime embrassée, que n'a pas la rime alternée (ABAB). Bref, elle a toutes les qualités !

Quand la rime en panier commence, on la confond avec une rime alternée. L'apparition de la rime C est donc une surprise, qui apporte une tension, une attente, résolue par la seconde moitié du sizain. Le caractère conclusif (présent aussi chez la rime embrassée) provient de cette attente enfin résolue.

Lutte

L'écriture d'un poème est une lutte entre le sens et la forme. Le sens essaye de raconter ce qu'il a à raconter. La forme exige, avec immédiateté : des rimes, du mètre, des allitérations...

Le sens lutte au nom de l'image. La forme lutte au nom de la musique. Si le sens domine, la musicalité pâtit. Si la forme domine, la compréhension est difficile.

Le poème est un arbitrage juste, qui s'applique à contenter ces deux forces.

La rime en panier 3

La rime en panier (ABACBC) est plus facile à écrire que la rime alternée (ABAB), parce qu'on peut repousser à plus tard la recherche de la seconde rime B, finir ce qu'on a à dire tranquillement avec l'introduction une nouvelle rime C, apportée par le sens. Il y a moins d'urgence imposée par la forme.

TABLE DES MATIÈRES

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